En 2009 Maud Besse reçoit un appel téléphonique d'un journaliste du Diário do Grande ABC, un journal de la ville de Santo‑André.

Le journaliste en question souhaite approcher Maud pour un entretien afin de connaître puis raconter et publier l'histoire des Français de Santo‑André. Maud ayant décédé quelques mois plus tard l'entretien n'a pas eu lieu.

L'histoire des « Français de Santo‑André » a duré un demi-siècle, une histoire oubliée que seuls les enfants des parents expatriés peuvent raconter et faire connaître car ils font partie de cette histoire.

Ce récit est un hommage à nos parents pour la vie confortable qu'ils nous ont offert à Santo-André et au Brésil.

Sommaire

Chapitre 1

L'origine des Français de Santo André

Le village gaulois de Santo André prend naissance au début des années 30 avec les premières implantations industrielles de sociétés françaises dans l'État de São Paulo. La plus importante est sans aucun doute la Rhodia du groupe Rhône‑Poulenc. Trente années plus tard, ce sont 7 sociétés françaises implantées dans la région industrielle de l'ABC — Santo André, São Bernardo et São Caetano. Il y a la Brasilit du Groupe Saint-Gobain, la Eletro Cloro du groupe Solvay, la Nordon, la Fichet Schwartz Hautmont, la Pierre Saby et la Jean Lieutaud.

Si à Santo André les usines s'implantent sur l'Avenida Industrial le long des rives de la rivière Tamanduateí et de la ligne ferroviaire Santos à Jundiaí, le quartier des expatriés français se situe aux alentours de l'Avenida Dom Pedro II dans les beaux quartiers du Bairro Jardim et Bairro Campestre.

La communauté des expatriés français de Santo André a été formée initialement de familles d'ingénieurs de sociétés multinationales françaises. Les pionniers sont surtout des célibataires venus de la ville de Lyon pour la construction des premières usines. Peu à peu la notion de résidents se met en place et des familles s'installent, des enfants naissent et grandissent à Santo André. Les motivations de ces expatriés sont diverses : ambition, carrière, rêve d'ascension sociale et goût de l'aventure. Les Français de Santo André ont tendance à vivre en vase clos et fréquentent peu les Brésiliens si ce n'est dans le cadre des relations d'affaires ou dans la vie domestique.

La communauté française laissera peu d'identité et peu d'empreinte à Santo André, même si à une époque il y avait la Padaria Francesa et la Petite École des Français. À partir du début des années 1980 les familles des expatriés ont déménagé vers la ville de São Paulo ou sont retournées en France. Les belles villas ont été vendues puis détruites pour laisser place à des immeubles et des commerces. Les usines aussi ont disparu car les villes de l'ABC se sont transformées pour devenir moins industrielles et plus commerçantes. Un siècle plus tard il ne reste qu'une petite trace de cette présence, l'Avenida Henri Sannejouand qui donnait accès à l'usine de la Rhodiaceta… mais ils ne sont pas nombreux à le savoir.

Chapitre 2

Les sociétés françaises de l'ABC

La Rhodia

L'histoire de Rhodia au Brésil débute le 19 décembre 1919, au siège du consulat brésilien à Paris. C'est là qu'a été signé l'acte de fondation de la Companhia Química Rhodia Brasileira, filiale brésilienne de la Société Chimique des Usines du Rhône, devenue plus tard le Grupo Rhône‑Poulenc.

Un mois plus tard, le 8 janvier 1920, l'ingénieur Henri Sannejouand, le géomètre Félix Fulconis et l'ingénieur chimiste Jacques Bloch débarquent au port de Santos. Leur mission consiste à ériger la première usine sur un terrain acquis à Santo André. Le terrain est situé entre les rives de la rivière Tamanduateí et la ligne de chemin de fer de Santos à Jundiaí qui à l'époque transportait la production de café vers le port de Santos.

En 1921 tout est prêt et la production de divers acides chimiques commence alors. Parmi les utilisations les plus connues il y a la fabrication du lança perfume, le premier succès commercial lors des carnavals brésiliens. Certains médicaments, auparavant importés, commencent également à être produits au Brésil. Ce sont les premiers pas d'une aventure qui va s'étendre sur un siècle.

Pour la commémoration de ses dix ans de présence au Brésil, Rhodia crée en 1939, autour de son usine chimique de Santo André, la Companhia Brasileira Rhodiaceta, spécialisée dans la fabrication de fils textiles artificiels à base d'acétate de cellulose, une matière première importée de France.

Ce fil va révolutionner le secteur du textile brésilien. Pour convaincre le marché brésilien acquis aux vêtements en fibres naturelles, principalement en coton, Rhodia opte en 1935 pour l'importation au Brésil de Valisère, la célèbre marque française. La stratégie adoptée est un succès et le nom Valisère s'impose avec des lingeries indéchirables. La marque Rhodia déjà connue pour ses campagnes publicitaires liées à ses produits pharmaceutiques va associer son nom à la mode avec une série d'innovations dans le monde textile.

Équipe de la Rhodia avec la mode de la « Moustache en brosse à dents »
Équipe de la Rhodia avec la mode de la « Moustache en brosse à dents »
Besse, Balas, Trompier, Certier, Saul et au centre avec les bras croisés Henri Sannejouand

La décennie des années 1940 est marquée par les multiples défis posés par la Seconde Guerre mondiale. Le blocus nazi des côtes brésiliennes empêche les navires transportant de l'alcool du Nord-Est d'accoster au port de Santos afin d'approvisionner sa production de dérivés acétiques à Santo André. Pour faire face à ce problème, Rhodia décide de s'investir pleinement dans la filière alcool-chimie, en se lançant littéralement dans la culture de la canne à sucre et la production de son propre alcool. C'est ainsi qu'en 1942, Rhodia acquiert une fazenda dans la région de la municipalité de Paulínia. La première récolte a lieu en juin 1944 et, quelques semaines plus tard, l'alcool approvisionne la production chimique de Santo André ainsi que Rhodiaceta.

Avec la fin de la guerre en 1945, Rhodia poursuit son développement dans les activités de fabrication de matières plastiques, dans les médicaments avec la production en 1948 de la pénicilline cristallisée, l'antibiotique le plus efficace fabriqué par l'industrie jusqu'alors, avec la création en 1949 de la Rhodosá Rayon Company à São José dos Campos. La décennie des années 1950 est surnommée « l'âge d'or », avec le lancement en 1955 des fils de nylon synthétiques utilisés pour confectionner les bas et maillots de bain féminin. Les installations de Rhodia à Santo André ne pouvant plus accueillir de nouveaux projets industriels d'envergure, l'entreprise décide de poursuivre en 1958 son expansion à Paulínia où elle dispose de vastes terrains. De nombreuses usines Rhodia vont faire du site de Paulínia l'un des plus importants centres de production d'alcools et de produits chimiques d'Amérique latine.

Pour le bien-être de ses employés, Rhodia va créer en 1954 la Cooperativa da Rhodia à Santo André à une époque où les supermarchés n'existaient pas. La majorité des familles d'expatriés français s'approvisionnaient à la Cooperativa da Rhodia. Puis viennent les années de rupture de 1968 qui vont permettre à Rhodia de réaffirmer sa capacité d'innovation avec le textile. Rhodia va impulser un mouvement de création de la mode brésilienne avec la Rhodia Moda Selection et va sponsoriser la Fenit (Feira Nacional da Indústria Têxtil), un des rendez-vous culturels incontournable avec les défilés de mode de Rhodia.

Le groupe continue sa diversification et son innovation avec en 1975 la création d'un Centre de Recherche de Paulínia. À la même époque il y a le déménagement du siège social de l'entreprise au Centre d'affaires de São Paulo (Cenesp) sur la marginal do Pinheiros et la création de l'Institut de sécurité sociale Rhodia (aujourd'hui PRhosper) qui propose un régime de retraites complémentaires.

La crise pétrolière des années 1970 et l'augmentation du prix du baril du pétrole vont progressivement mettre fin au prétendu « miracle économique brésilien ». Les successifs plans économiques pour contrôler l'hyperinflation vont fragiliser le pays et signer la fin du rêve du secteur industriel brésilien. Vers la fin de la décennie des années 1990 le géant français de la pharmacie et de la chimie entreprend un processus de scissions de quelques-unes de ses activités. Le but visé est de se recentrer sur la pharmacie et l'agrochimie afin de pouvoir fusionner avec le groupe allemand Hoechst et créer le groupe Aventis — aujourd'hui Sanofi.

Rhône‑Poulenc se sépare de ses activités historiques de chimie lourde qui sont introduites en bourse sous le nom de Rhodia, qui doit gérer de nombreuses séquelles de pollution des sols et de passifs financiers. L'histoire du groupe se termine en 2011 lorsque la société chimique belge Solvay annonce une offre publique d'achat amicale (OPA) de Rhodia.

La Brasilit

Contenu à venir — Content forthcoming.

La Eletro Cloro

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La Fichet Schwartz Hautmont

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La Nordon

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La Pierre Saby

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La Jean Lieutaud

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Chapitres 3 à 7

Ces chapitres seront ajoutés prochainement. — These chapters will be added soon.